Harvey Weinstein : L’Intouchable, avis et réflexions

En juillet dernier, j’ai eu l’opportunité de visionner en avant-première le documentaire L’Intouchable Harvey Weinstein. Je vous partage aujourd’hui ce que j’ai pensé de cette projection.

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Photo by Shamia Casiano from Pexels

Harvey Weinstein : L’Intouchable

L’Intouchable Harvey Weinstein est un documentaire/enquête de Ursula MacFarlane qui est une spécialiste du documentaire et du drame. À travers son documentaire, elle nous offre une plongée au coeur de la saga la plus explosive du cinéma. L’Intouchable raconte l’histoire de l’ascension et de la chute du magnat d’Hollywood Harvey Weinstein. Comment il a acquis et préservé sa toute-puissance au fil des décennies – et ce même quand le scandale menaçait. D’anciens collaborateurs et plusieurs accusatrices décrivent et témoignent dans ce documentaire de son mode opératoire, ainsi que des conséquences de ses abus sexuels présumés, dans l’espoir que justice soit faite et que les choses bougent enfin…Alors que la procédure pénale à son encontre suit son cours, le film invite le spectateur à se demander si les puissants sont réellement au-dessus de la loi et si un changement significatif est vraiment possible.

L’Intouchable sort dans les salles le 14 août et dure 99 minutes.

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Harvey Weinstein : Avis et réflexions

J’ai trouvé le documentaire intéressant. Nous sommes plongés dans le parcours de Weinstein, nous pouvons saisir quelques aspects de sa personnalité et surtout comment il considérait et agissait les êtres humains – et notamment les femmes. Nous comprenons l’influence du pouvoir, de la manipulation psychologique dans ce type de situation, etc. Les émotions sont bien travaillées et permettent d’être vraiment au coeur de l’histoire. Je vous invite vraiment à aller voir ce documentaire afin d’étoffer votre réflexion sur la mouvance #MeToo ou #BalanceTonPorc en français.

Vous n’avez sans doute pas pu passer à côté de la déferlante de #MeToo ou #BalanceTonPorc. Ce mouvement sur la toile souhaite libérer la parole des victimes d’agressions et de harcèlement sexuels. Ces hashtags appellent à briser l’omerta et rapporte des témoignages allant du sexisme quotidien et du harcèlement de rue aux agressions sexuelles.

Nous pouvons nous interroger sur pourquoi la parole a autant de mal à se libérer ? Plusieurs explications peuvent expliquer cela :

  • la honte : bien que victime, la personne est submergée par une vague de honte qui l’empêche de parler. En effet, la société se révèle très dure envers les personnes victimes de harcèlement ou de viol. Le vécu est minimisé, une réponse culpabilisatrice (si tu as été harcelé(e) ou violé(e), c’est que tu as dû faire quelque chose pour attirer ce comportement).
  • la peur : Les personnes auteurs de harcèlement et/ou violences sexuelles présentent des comportements violents, parfois dangereux. Les victimes sont terrorisées et des processus sont mis en place pour conserver le secret.
  • l’accueil dans les commissariats : les victimes sont souvent mal accueillies. Même si des progrès ont été faits ces 20 dernières années, notamment sous l’impulsion des mouvements féministes, l’accueil des victimes (que ça soit de harcèlements, viols ou violences conjugales) qui décident de porter plainte reste très inégal et trop souvent maltraitant.
  • parce qu’on ne les croit pas : L’auteur des violences est presque toujours connu de la victime et la plupart des viols sont commis sans autre forme de violence. L’excuse avancée pour justifier ces maltraitances sur les victimes, c’est la peur des fausses allégations, qui ne représentent pourtant qu’une part infime des plaintes déposées.
  • parce qu’une large majorité des plaintes sont classées sans suite : En France, 70 % des plaintes pour viol – 60 % pour les mineures – sont classées sans suite.  « Les viols les plus fréquents sont ceux qui ont le plus de risque d’être classés sans suite, remarque Muriel Salmona, psychiatre, dans son manifeste contre l’impunité des crimes sexuels. Ce sont les viols sans violence, les viols par partenaire, les viols sur de jeunes enfants, les viols incestueux paternels dénoncés par les mères, les viols sur des personnes handicapées, marginalisées. » Ce qui est souvent mis en avant pour expliquer un classement sans suite : le manque de clarté du récit. Les magistrats, n’estimant pas avoir suffisamment d’éléments pour établir clairement ce qu’il s’est passé, décident de ne pas poursuivre (la question de la preuve !). En plus du risque de discrimination envers les femmes qui peinent à trouver les bons mots, le classement sans suite est le signe d’une ignorance des conséquences psycho-traumatiques des viols. Une personne victime a des défenses psychiques qui se mettent en place durant l’agression qui créent comme une “déconnexion” entre son corps et son esprit. Cette compartimentalisation empêche un récit clair, sans parler d’autres réactions comme le refoulement, etc. Et je n’aborde même pas le processus de dépénalisation du viol qui tend à “diminuer” l’importance du crime pour un délit et donc, symboliquement le labelliser comme quelque chose de “moins grave” qu’il n’est vraiment sous prétexte que les procédures sont longues…très longues.
  • la prescription : Elle est d’une durée de 10 ans pour les viols et tentative de viol commis sur des personnes majeures, et de 20 ans après la majorité pour les victimes mineures, la prescription permet aux agresseurs d’effacer leur ardoise. Plusieurs associations réclament l’imprescriptibilité des violences sexuelles. Lors d’une conférence à laquelle j’ai assisté, une étude expliquait qu’il fallait en moyenne 15 ans pour une victime pour réussir à parler de son vécu.
  • la culture du viol : ce concept ou idée de la culture du viol n’est pas vraiment utilisée en sociologie car cette expression provient d’associations féministes dans les années 70. On va alors plus entendre parler de “domination masculine”. Bien que le terme soit différent, il veut signifier un environnement social et culturel dans lequel les violences sexuelles trouvent des justifications, des excuses et sont banalisées, voire acceptées.

Quels impacts sur une vie ?

Le harcèlement, les violences sexuelles ont des répercussions terribles sur la vie d’une personne. Ces phénomènes vont briser un plus ou moins grand équilibre psychique en amenant souffrances diverses : dégoût de soi, honte, culpabilité, diminution de l’estime de soi et de sa sécurité interne, suicide, etc. Il peut également y avoir un impact social : rupture familiale et/ou sociale, perte de son emploi, discréditation, etc.

Et après ?

Est-ce possible de se reconstruire ? Oui. Cependant, toute reconstruction demande du temps, un entourage étayant et des professionnels avec lesquels un lien authentique a pu se construire afin de pouvoir avancer sur ce chemin de la guérison. Une victime ne pourra jamais oublier ce qu’elle a vécu mais elle pourra arriver à un stade où son traumatisme ne la contrôle plus et où les affects auront pu être digérées.

Pour en savoir plus sur Studio Psy Paris.

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