Psychologie de la femme enceinte

psychologie femme enceinte

Suite au podcast que j’ai mis en ligne récemment, j’ai souhaité faire un résumé de la psychologie de la femme enceinte sous la forme d’un article.

Dès que nous parlons de grossesse, de bébé à venir, la société nous présente un univers parfait ou tout est rose. Aujourd’hui, via les réseaux sociaux, des femmes témoignent avec plus de transparence et d’authenticité mais tout de même. Il ne faudrait pas trop que les femmes parlent des hauts et des bas de la grossesse. Si vous ne l’avez pas vu, je vous invite à visionner le sketch « la grossesse » de Florence Foresti qui témoigne de ce phénomène avec justesse et évidemment une bonne touche d’humour.

L’horloge biologique

Lorsque nous parlons de maternité, une idée revient souvent : celle de « l’horloge biologique » – comme si nous, femmes, avions une alarme programmée pour faire un bébé.

En 2010, j’écrivais :

« On nous parle, à nous les femmes, d’une terre promise : celle de la terre mère. 

On nous dit, à nous les femmes, d’embarquer sur ce navire avant qu’il ne soit trop tard – comme si le temps était compté et que chaque jour passé loin de cette terre ne valait pas la peine d’être vécu.

Mais…

Je ne peux pas y monter, j’ai le mal de mer ! »

La société induit une pression, ressentie plus ou moins fortement, sur le fait de faire des enfants. Comme si le féminin ne pouvait s’incarner que par le processus de devenir mère (à nouveau, on se trouve dans la dichotomie femme pute ou femme mère, l’entre deux ne semble pas possible). Effectivement, dans une société où l’insertion professionnelle est plus tardive, que le couple et son idée n’ont plus les mêmes enjeux, valeurs, etc…Une femme, approchant 30 ans, peut être amenée à se dire « faudrait peut être faire des enfants ». Comme si cela venait avec la panoplie de « tu es sexe féminin, tu as un utérus, si tu ne l’utilises pas à quoi bon être femme ? »

Et puis, nous pouvons aussi nous interroger sur notre capacité à faire des enfants. En effet, si nous avons été depuis notre adolescence ou notre majorité sous pilule, nous pouvons nous demander si notre corps est fécondable.

Si, moi femme, je décide d’avoir un enfant mais que je n’arrive pas à être fécondée, patatra, c’est le drame. Beaucoup de femmes ressentent une grande culpabilité de ne pas réussir à accueillir la vie, qu’elle soit être stérile ou que ça vienne de leur partenaire, les femmes prennent toujours une partie de responsabilité là où cela ne les incombe pas. Elles se sentent comme fleur fanée, une terre infertile où aucune graine peut prendre. Un peu comme dans le cas des fausses couches qui sont aussi un gros sujet tabou de nos sociétés.

En résumé, les mères existent aux yeux de la société, sont même valorisées – comme au moment du régime de Vichy avec la devise « travail, famille, patrie » ou la création de la « fête des mères » qui soutenait une propagande nataliste…

Aujourd’hui, nous avons ces fêtes qui célèbrent les mères, les grands-mères et les femmes ont le 8 mars comme journée de lutte pour le droit des femmes…Cela en dit long.

Psychologie de la femme enceinte et désir d’enfant

Il n’est pas possible de parler de grossesse sans mentioner la notion de désir d’enfant.

Avec le « contrôle des naissances », le désir d’enfant se veut réfléchi par la femme – ou le couple quand il y en à un. Ici vient s’ancrer un paradoxe : il faut programmer quelque chose – l’enfant – qui doit être spontané, « naturel ». Un enfant ne se fait pas sur commande (la stérilité le prouve) et la femme ne devient pas enceinte parce qu’elle l’exige (en lien avec la contraception, c’est une coïncidence provoquée mais pas une cause directe).

Le désir d’enfant est une position qui parle de la subjectivité de chaque femme. Ce désir, plus ou moins conscient, vient exprimer quelque chose d’elle, de son histoire, etc.

Et parfois, l’enfant vient comme un accident, une surprise…Mais l’est-il vraiment ? Peut être pas tant que ça si nous nous plaçons au niveau du désir – s’il y a un espace psychique pour procréer, la graine va venir s’y nicher – à l’abri du regard du conscient.

Et à côté du désir d’enfant marche le désir d’être enceinte (la grossesse se suffit à elle-même) ou encore le désir d’être parent, je veux déjà un enfant grand, qui ne dépendrait pas autant de moi qu’un bébé…Bref, tous ces désirs parlent d’une position subjective.

Psychologie de la femme enceinte et grossesse

Simone de Beauvoir disait “on ne nait pas femme, on le devient”, j’ai envie de la paraphraser et de dire “on ne nait pas mère, on le devient.”

Être mère suppose supporter qu’un autre différent de nous soit entièrement dépendant de nous. Des mères seront plus mères que femmes et des femmes peuvent être mère mais ne se sentiront que femme.

La grossesse, 9 mois où le corps de la femme va abriter un petit amas de cellules, foetus, embryon jusqu’à ce qu’il devienne bébé. 9 mois au cours desquels la femme va devoir se faire à l’idée d’un enfant, voir son corps se transformer, son état d’esprit se transformer, etc.

Le discours médical nous fait les promesses d’une grossesse et d’un accouchement exempt de douleur et de violence, hors il peut en être tout autrement. Le passage a l’être mère bouleverse la structure psychique. Toutes les femmes qui ont pu vivre une grossesse en témoigneront : leur équilibre psychique s’en retrouve modifié.

Alors, que se passe-t-il dans la tête des femmes qui attendent un enfant ?

Le corps à corps maternel

Ce qui se passe dans le corps va avoir des impacts sur notre équilibre psychologique : cela va venir sonner la cloche du rapport avec notre propre mère et en même temps ce rapport à notre propre corps qui vient abriter un autre.

La grossesse suppose partager son corps avec un autre. La grossesse et la relation charnelle induite par la transformation corporelle amène une identification à sa propre mère. Ce moment peut amener des mouvements affectifs opposés : tendresse et hostilité. Tout dépendra de la relation à la mère que nous avons eu.

Après l’accouchement, quand une fille naît, la naissance rapprochera encore plus la femme de sa propre mère. C’est alors la rencontre de trois générations dans un corps : la grand-mère, la mère et le bébé fille. Chaque bébé-fille naissant rajoute un maillon à l’interminable chaîne que représente la féminin. Nous pouvons alors comprendre pourquoi la relation de la mère à sa propre mère, va en grande partie, déterminer la nature de la relation à son bébé fille.

Il n’est pas rare d’entendre certaines femmes dire “j’espère que je n’aurais pas une fille” sous entendue “je ne saurais pas comment faire vue la relation que j’ai avec ma mère.” C’est l’idée qu’un bébé garçon viendrait briser cette chaine de transmissions du féminin qui embarrasse…

En résumé, Il s’agit d’une période où la femme passe d’une position à l’autre : comme à l’adolescence qui est le passage de l’enfance à l’âge adulte, la grossesse est le passage de femme à mèrede fille de sa mère à mère de son enfant. Cette période vient requestionner les places de chacun – tant d’un point de vue subjectif (qui je suis) qu’inter-subectif c’est-à-dire dans le rapport aux autres, que ce soit dans la famille, dans le couple.

Certaines femmes peuvent aussi se sentir prisonnière de ce corps qui enfante. Que ça soit avec les symptômes qui peuvent découler du statut de l’être enceinte (nausées, douleurs, émotions sans dessus dessous…) que du regard des autres (l’entourage qui ne parle que du bébé). Un corps qui parfois n’en fait qu’à sa tête. C’est moi et en même temps, ce n’est pas moi…Comment se reconnaître dans cet imbroglio identitaire ? Parfois, nous pouvons avoir la sensation de nous effacer derrière ce bébé à naitre : nous ne sommes plus nous mais cette mère en devenir et nous avons envie de crier « eh oh ! j’existe encore ! je ne suis pas qu’une mère » . C’est le regardez-moi, voyez-moi, je suis là.

C’est la question de “Suis-je encore moi avec cet autre en moi ?”

La transparence psychique

Ce phénomène s’observe dès les premières semaines de gestation car l’équilibre habituel de la femme est modifié. Ce phénomène de transparence s’accentuera jusqu’à la fin de la grossesse. Le terme de transparence vient signifier qu’une perméabilité entre l’inconscient et le conscient est plus élevée. Les mécanismes de défense habituels sont moindre et donc de nombreuses remémorations, le passé peuvent faire irruption dans la conscience.

C’est un moment et un phénomène qui peut nous inquiéter mais il est tout à fait normal pendant la période de grossesse.

C’est pourquoi, un travail psychothérapeutique – même temporaire, a tout son sens. Si nous étions dans une réelle politique de prévention et de soutien à la parentalié, des entretiens avec des psychologues devraient être proposés et pris en charge par le système de santé. En effet, combien de fois, des femmes tiennent coûte que coûte, mènent de front beaucoup d’activités, et finissent par s’effondrer au moment de la naissance et auxquelles le corps médical répond “ce n’est rien, c’est juste un baby blues un peu fort.” La dépression fait bien partie de ce moment de crise que représente la grossesse, nous appelons ça la dépression du post partum…Mais ce sujet demeure encore très tabou.

Quelques professionnels en libéral existent (je m’y inclus), les PMI peuvent constituer un lieu ressource – même si les politiques tendent progressivement vers la suppression de ces postes. Certains services spécialisés peuvent aussi accueillir la souffrance liée à cette période précise cependant, la place du psychologue en ces lieux est encore bien trop méconnue.

La préoccupation maternelle primaire

Cette qualité se développe graduellement au cours de la grossesse pour atteindre son point le plus haut à la fin de celle-ci et se prolongera quelques semaines après que l’enfant soit né.

C’est une période d’hypersensibilité qui permet de s’adapter à son bébé dans les soins et les réponses qu’elle lui procure. La mère devient “normalement dévouée à son enfant” et désinvestira ses centres d’intérêts habituels. Ce qui permet donc à la mère d’être “suffisamment bonne” dans les soins qu’elle apportera à son bébé (vous faites de votre mieux, mesdames !).

Cet état psychique devra s’estomper progressivement – généralement, soutenu par la présence d’un tiers, le père ou toute autre personne qui gravite dans le quotidien du couple mère-enfant afin de venir créer la bonne distance entre la mère et l’enfant. En effet, sinon la fusion continuera et cela aura des conséquences sur la vie tant de l’enfant que de la mère.

Les mères (et les pères) n’ont donc pas vocation à être parfaits. C’est normal de se tromper, d’avoir parfois envie de tout laisser tomber. Être parent, c’est difficile. Ce n’est pas quelque chose qui s’apprend sur les bancs de l’école. Et n’oubliez pas, certes vous êtes parents, mères, pères mais pas seulement. Nos identités sont multiples, riches et méritent qu’on les cultive jusqu’à la fin de nos vies.

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