Applications de rencontre et amour

applications de rencontre

Aujourd’hui, les applications de rencontre font parties de notre quotidien. En 2018, lors d’un sondage Ifop, 1 Français sur 4 déclare s’être déjà̀ inscrit au moins une fois sur un site ou une application de rencontre. Ces applications sont utilisées par quasiment toutes les catégories socio-professionnelles puisque maintenant, la plupart d’entre nous est équipé de smartphones avec des forfaits Internet conséquent.

Alors, comment expliquons-nous cet engouement ? Est-ce que notre manière de percevoir la rencontre amoureuse à évoluer ?

J’a aussi eu envie d’aborder le sujet des applications de dating car j’ai lu un article sur Konbini pendant le confinement qui mettait en avant l’avis d’une sexothérapeute évoquant une “révolution érotique” liée au confinement. Bref, plein d’éléments qui m’ont ouvert la réflexion sur l’online dating.

Applications de rencontre : pourquoi les utiliser ?

Il existe pléthore de sites et apps que vous pouvez télécharger mais la drague 2.0 ne se fait pas seulement sur les sites de rencontre. Les réseaux sociaux sont aussi utiliser en ce sens : Facebook, mais surtout Instagram. Plus récemment, c’est au tour de Linkedin de servir de canal pour le dating. Comme si maintenant, partager un numéro de téléphone était bien trop intime.

Toutes ces applications de rencontre et réseaux sociaux sont un moyen de créer des opportunités – notamment dans nos emplois du temps où tout va vite et où la réponse de l’instantané fait sens. Le smartphone devient un grand terrain de jeu sans que nous ayons besoin de sortir de chez nous.

Avec la mutation des rapports homme-femme, la peur de faire le premier pas, la séduction online peut sembler plus simple. Notamment pour les hommes ou femmes un peu plus timides ou réservé(e)s. Elles permettent une prise de distance, du contrôle, bref, la spontanéité peut alors se chercher.

Les applis sont utilisées pour plusieurs buts :

  • faire des rencontres éphémères,
  • faire des rencontres plus longues,
  • rencontrer des locaux lors d’un voyage à l’étranger,
  • élargir son cercle relationnel.

Applications de rencontre : les nouveaux codes de la rencontre ?

L’augmentation de notre exigence amoureuse

Les applications de rencontre répondent à notre société consumériste, sans limite avec un nombre infini de possibilités. Nous avons l’impression que, possiblement, quelqu’un de mieux nous attend dans le swipe d’après. C’est comme si nous avions une check list qui ne faisait que s’allonger : il faut que l’autre soit comme ceci, comme cela et avec tels et tels attribus physique. Le compromis et certaines “concessions” qui laissent la place au charme et au désir se retrouvent réduits. Finalement, nous ne sommes plus dans le présent de la rencontre mais dans le conditionnel d’un “et si je trouvais cet idéal”.

Nous avons le choix et même peut-être trop de choix. Tous ces profils qui défilent sous nos yeux : quels sont leurs points communs ? Leurs différences ? Que me disent-ils de la personne ? Comment s’arrêter sur une photo sans doute “lustrée” pour pousser au like ? Comment être charmé(e) par ce digital où il n’y a pas d’odeur, de texture, etc. ? C’est comme au restaurant, comment décider ce que nous avons envie de manger si la carte s’étend sur quatre pages A3 ?

N’allons-nous pas nous priver de vivre une potentielle relation avec tous ces critères ? Ne fermons-nous pas la porte au désir ? A la spontanéité ? Et à l’inattendu séduction ?

Un autre effets que nous pouvons observer est le sentiment de “crise de foie”, d’écoeurement de certain(e)s utilisateurs-rices. Cette énergie dépensée à tenter de communiquer avec si peu de prises, répéter (presque) inlassablement les mêmes schémas d’échanges finit par user et nous pousse à tout supprimer.

Banalisation des relations éphémères

S’il s’agissait d’une réelle incarnation de sa sexualité et de son désir, pourquoi pas. Mais ce que nous pouvons davantage observer sur les applis sont la succession des relations dites “kleenex” : je te consomme et te jette, ayant inclus des nouvelles pratiques de “non communication” comme le ghosting que j’aborderai dans un autre article.

Le message principal qui circule, quelque soit l’application, est : ne vous attendez pas à trouver l’amour. Même si des utilisateurs-rices rejoignent ces plateformes dans l’espoir de relations affectives, le décalage entre les attentes de chacun peut créer un fossé et bon nombre de déceptions.

A mon sens, ces relations éphémères, ces coups d’un soir sont aussi des stratégies pour lutter contre  l’ennui, certaines angoisses,…qu’elles soient liées à la solitude, le désir de se prouver qu’on plait/qu’on est désirable, etc. Le risque est d’utiliser l’autre pour se rassurer soi-même et finalement, d’avoir sans cesse besoin de cette béquille – à défaut de s’interroger sur une action de soi pour soi.

Il y a aussi le cas de l’infidélité, qui pour certaines applis est même le fond de commerce. La question n’est pas de juger la tromperie mais plutôt de s’interroger sur le  “tout s’affiche, tout se montre”, parfois même avec fierté.

Du virtuel au réel

Avant de passer à la rencontre IRL (in real life = dans la vie réelle), il faut avoir en tête qu’entre le nombre de matchs, le nombre de personnes avec qui vous parlez et celles que vous rencontrez effectivement, un sacré écrémage se fait. A ce demander si le nombre de matchs n’est pas là juste pour se prouver quelque chose à soi-même : regarde comme tu plais en ligne ? Et hors ligne, alors, que se passe-t-il ?

Du digital au réel, ce passage est parfois une épreuve. Il peut se révéler décevant : tant physiquement (combien de personnes se font passées pour d’autres, faux profils, etc.) que dans la rencontre. L’alchimie, l’intérêt, l’excitation trouvés en ligne se dégonflent comme un soufflé.

Plus nous passons notre temps dans le digital et plus le passage au réel peut sembler impossible. Dans le réel, nous percevons les interactions différemment, l’intonation des voix, l’absence d’émoticones pour ponctuer le discours…L’échange apparaît parfois comme fade – et le jugement, peut être sans appel. C’est pour cela que passer des semaines à échanger par messages n’a pas forcément beaucoup d’intérêt. Il n’y aura jamais la garantie, l’assurance que le moment de la rencontre se fera aussi en dehors de ces applis.

Je me souviens d’une réplique dans la comédie romantique “He’s just not that into you” qui combine plusieurs histoires romantiques en une. Le personnage de Drew Barrymore dit à un moment que si elle veut paraitre plus attrayante au sexe opposé, elle ne va pas chez le coiffeur, elle met à jour son profil. Je trouve ça extrêmement juste dans le sens où plutôt que de penser à prendre soin de soi, à répondre à une énergie qui nous mettrait en mouvement, nous restons immobile derrière un écran et changeons une photo – la capture à un instant t de nous qui est parfois bien loin de ce que nous pouvons être réellement. Finalement, ce changement, cette mise à jour du profil n’aura qu’un effet re-narcissisant à très court terme car soumis à l’appréciation plus de l’autre que de nous-même. Finalement, ce n’est pas tant mon regard sur moi qui compte mais le regard de cet autre derrière son écran que je ne connais pas et que je n’ai même pas croisé en chair et en os.

Dating et déconfinement avec les applications de rencontre

Le confinement a eu un important retentissement dans les rapports intimes et le dating. Entre explosion des achats de sextoys, un risque de pénurie de préservatifs, les “plans cul” partis en province, la distanciation sociale, etc., il n’était pas simple de faire des rencontres.

C’est suite à la lecture d’un article (mentionné en introduction) que j’ai eu envie d’écrire sur le online dating. En effet, les apps ont vu leur trafic augmenter en moyenne de 30%. Plus d’inscrit(e)s, plus de “matchs”, plus d’échanges, etc. Avec ce boum, une sexothérapeute interrogée dans cet article mentionne une “révolution érotique” grâce au confinement. Révolution décrite en ces mots : “Ce qui va être joli, avec la révolution érotique, comme on le fait pour le sida depuis très longtemps et pour les IST et les MST, c’est qu’on va se dire les choses avec le plus d’honnêteté possible” et qu’il faudrait “être parfaitement juste avec soi-même et arriver à se comporter avec l’autre comme on aimerait qu’il se comporte avec nous”.

Ma première interrogation est la suivante : pouvons-nous poser l’hypothèse d’un changement de comportement basé sur la seule quantité de messages envoyés (+30%) ? Je ne pense pas que les algorithmes des applis qui en sont venus à tirer ces conclusions peuvent analyser l’aspect qualitatif des envois de messages. Nous savons bien que quantité n’est pas égal à qualité.

Comme mentionné dans mes podcasts sur le confinement, il y a eu en effet une augmentation non négligeable de notre présence en ligne – pour combler l’absence d’interactions sociales dans le réel, pour se distraire, lutter contre diverses angoisses. Les applis de rencontre ont pu servir d’un moyen défensif pour occuper son esprit et d’une certaine manière se sentir vivant(e) et éprouver une once d’excitation psychique et physique.

En parallèle, la sexualité (épanouie, j’ai envie de préciser) étant un élément important d’une vie équilibrée, l’absence de sexe temporaire pendant cette période a eu un impact tant physique, qu’émotionnel, que psychique. Au déconfinement, il a eu des réactions de “surconsommation” et non de révolution érotique – presque comme pour se venger d’une abstinence forcée. Pour d’autres, cette période a eu un impact négatif sur la libido – qu’elle soit seule ou en couple. Avoir moins envie dans une période anxiogène et source de stress peut totalement s’expliquer.

Alors, oui le déconfinement peut avoir un impact sur notre manière d’appréhender la rencontre : dans quelle mesure fais-je confiance à l’autre – qui pourrait plus ou moins volontairement me transmettre ce virus ? Mais est-ce réellement un sujet abordé par les utilisateurs-rices, rien n’est moins sûr. Est-ce que je vais demander à l’autre de porter un masque comme je lui demande de porter un préservatif ?

Une grande majorité de la population ne veut plus penser au coronavirus – même s’il continue de nous entourer. Il est davantage question de plaisirs simples, immédiats, plutôt que de “risques” auxquels je m’expose.

Alors, révolution érotique ou pas ? Je pense qu’il est encore trop tôt pour pouvoir poser l’hypothèse que le coronavirus et le confinement aient un impact sur notre façon d’appréhender le rencontre à l’autre et le rapport intime. Après tout événement à potentiel traumatique, la réponse est souvent dans un retour au même, à l’avant qui peut être rassurant.

Le réel changement dans les applications de rencontre ne pourra s’opérer qu’avec un changement dans la manière de “consommer” la rencontre des utilisateurs-rices.

La (r)évolution érotique, à mon sens, ne sera possible que par l’éducation, la fin de notre société  (pornographique) patriarcale et phallocentrée, à l’hypersexualisation de tout et surtout une exploration en conscience, bienveillante de son corps et du corps de l’autre. 

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