Psychologues en voie de disparition

Psychologues en voie de disparition

Aujourd’hui, j’ai envie d’envoyer le messages d’alerte : les psychologues en voie de disparition. Si vous me lisez mais que vous n’êtes pas du milieu, je vais essayer de retranscrire au mieux ce que j’observe des mouvances actuelles. Si vous êtes psychologue, il est possible que vous avez déjà une idée de ce dont je vais parler dans cet article. Cet article vient aussi à un moment où j’ai rencontré une situation assez incroyable dans un processus de recrutement et qui m’a vraiment questionné.

La place des psychologues

Historiquement, la place des psychologues a toujours été un peu à part – et ce d’autant plus si nous travaillons dans des institutions (hôpitaux, centres de consultations publiques, PMI, service de protection de l’enfance, etc.)

Dans un premier temps, le sujet sur lequel nous travaillons est de l’ordre de l’invisible. La psychè humaine est de l’ordre de l’évanescent. Nous pouvons en saisir des bribes par moment – que ça soit via le langage que certains comportements mais ce n’est pas quelque chose de mesurable. Et puis, nous sommes toujours confrontés à ce fantasme de “que se passe-t-il une fois que la porte du bureau du psy est fermée ?”

Dans un deuxième temps, notre fonction nous amène toujours à interroger, questionner, bref à créer un espace de penser afin d’éviter des phénomènes comme le travail dans l’urgence, des passages à l’acte, de la maltraitance institutionnelle…bref, tout ce qui vient court-circuiter la pensée. Nous sommes des donneurs de sens, ceux qui permettent aux équipes de reprendre une respiration, de sortir la tête du guidon. J’aime à dire que nous créons le lien dans des milieux qui sont souvent mis à mal par des politiques de plus en plus dures, sous l’égide d’un capitaliste ambiant qui ne devrait pas s’appliquer au travail avec l’humain…

Nous sommes parfois aimer, parfois détester…En soi, le psychologue n’est pas là pour être aimer. J’avais une prof à la fac qui disait que le psychologue devait faire avec, supporter la place qu’il pouvait occuper pour l’autre qui est souvent la place du déchet (objet petit (a) pour les lacaniens). Le psychologue est souvent celui qui résiste.

Le psychologue dans la société

Lorsque je suis dans un contexte social où je me présente, la carte du psychologue impressionne. J’entends régulièrement le “ah oui, nous en avons vraiment besoin -surtout en ce moment (pas que en temps de COVID-19).” Or, il faut savoir que l’insertion professionnelle des psychologues est désastreuse. Les budgets de l’Etat au niveau de la santé mentale ne font que réduire et dans les collectivités territoriales, il est toujours question de faire autant si ce n’est plus avec moins. Je n’en peux plus d’entendre cette expression “il faut mutualiser les moyens”…Mais de quels moyens parle-t-on ?

Les professionnels – pas que les psychologues, sont comme des pions que les politiques, chefs et autres directeurs généraux déplacent sur un échiquier sans prendre en considération la réalité du terrain. Tout doit être statistique sauf que l’être humain est bien connu pour ne rentrer dans aucune case. Et puis, soyons honnêtes, les chiffres se laissent interpréter comme nous voulons bien l’entendre.

Il faut savoir que sur le nombres de psychologues qui sortent chaque année des facs (entre 100 et 300), plus de la moitié ne travailleront jamais en tant que psychologue.

Et si vous ne le saviez pas : les psychologues sont très mal payés. Nous sommes le Master le moins payé de France. Vous commencez au SMIC, et encore !

Psychologues en voie de disparition : à la recherche de la soumission

Alors, oui, être psychologue aujourd’hui est difficile. Trouver un poste dans le public se complique et comme il y a plus de demandes que d’offres, les recruteurs ne se gênent pas de proposer des conditions de travail pas toujours très décentes, que ça soit au niveau des demandes institutionnelles que de la contrepartie salariale.

Ce qui m’a poussé à écrire cet article est justement cette idée de soumission des psys. Idée qui va bien au-delà de la simple idée…Cette volonté de soumettre le psy à tout prix se croisent dans des institutions, des équipes encadrantes et des politiques locales.

La situation qui m’a choqué dernièrement est lors d’un processus de recrutement. J’avais fait parvenir mon CV et lettre de motivation à une association parisienne qui gère les mesures, notamment, d’AEMO (Aide Educative en Milieu Ouvert). Nous sommes donc face à une association qui travaille en lien avec la justice. Je suis convoquée à un entretien à la rentrée début septembre. L’entretien se passe, avec les questions globalement habituelles. J’étais à l’aise puisqu’ayant travaillé en service de protection de l’Enfance, je suis très au clair sur ces milieux-là. A la fin de l’entretien, la cheffe de service me fait la demande de lui rédiger dans les 48h suivant cet entretien un écrit qui parlerait de comment je me projette dans le service, etc. Je prends note de la consigne mais je dois vous avouer que j’ai tout de suite tiqué. En 9 ans de pratique et ayant passé un certains nombres d’entretien, je n’ai jamais eu affaire à ce type de demande. L’entretien se termine et je commence à réfléchir à cette demande.

Outre le côté inhabituel, incongru de la demande, ma fonction et mon identité de psy m’ont fait me demander : “Pourquoi une telle demande ? Quel est le sens ?” J’ai vite su trouver une explication – que je vais évidemment vous partager ici mais avant tout, je vous partage le bref échange de mails pour vous mettre dans le bain !

recrutement psyrecrutement psy

Je ne suis pas allée plus loin dans l’échange car cette “cheffe” ne permet pas, ne laisse pas de place au questionnement. La pensée n’a tout simplement pas sa place donc je ne vais pas perdre mon temps. Néanmoins, je voulais souligner “cette” méthode de recrutement que  certains candidats peuvent accepter. Comme je l’ai écrit : nous ne sommes plus à l’école donc je ne me mettrais pas dans une situation d’être évaluée – si l’entretien ne suffit pas, cela ne m’intéresse pas. Et c’est en ce sens où je souhaite alerter sur ce phénomène de “psychologues en voie de disparition”. De nos jours, peu importe le milieu professionnel, le monde veut des exécutants, des agents…Par essence, selon moi, le psychologue ne peut s’y plier. Combien de fois, nous psychologues, devons nous battre pour maintenir notre indépendance technique (c’est-à-dire, choisir les outils que nous utilisons dans notre pratique). En effet, il ne viendrait pas à l’esprit de dire à un médecin quelle aiguille utiliser pour piquer…mais à un psy, ça n’a pas l’air de déranger (pas que nous utilisons des aiguilles !).

En conclusion…

Ces mouvements de vouloir soumettre le psy sont de plus en plus nombreux. Les politiques diffusent de plus en plus un message de menace, de peur et de suspicion…Et parfois, certains psys, pour se protéger ou pour “avoir la paix”, cèdent. Sauf que nous savons bien ce qui se passe quand on cède à l’agent totalitaire : nous n’en sommes protégés qu’un temps.

Je m’inquiète de cette disparition des psychologues face à ces demandes car oui, pour moi, on perd son titre dès lors que nous ne résistons plus, dès lors que nous arrêtons de penser, dès lors que nous oublions l’altérité. Alors, si vous êtes psy, je vous inviterai à vous battre, à oser dire non ! Je vous propose un appel à la résistance car OUI, ils ont besoin de nous. Et si nous ne nous positionnons pas, nous allons nous faire bouffer et la clinique telle que nous la connaissions va disparaître. Le soin tel qu’il a pu nous être enseignée (“être au chevet du patient”) verra ses dernière heures. Disons stop à cette société qui se pervertie de plus en plus et surtout cherche à contrôler le sujet – que ça soit d’un point de vue professionnelle que personnelle (encore plus en ce temps de “crise COVID”).

Notre profession est là pour “soigner” l’âme. Si nous nous battons pas pour elle, nous finirons tous cloner, robotiser…Attention, “Big Brother is watching you.”

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