Harry Styles fait la couverture de Vogue en robe

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Photographies par Tyler Mitchell, Vogue, Décembre 2020

J’ai découvert l’information ce matin, comme quoi, une partie du monde était choquée que l’artiste Harry Styles – ancien membre des One Direction (pour celles et ceux qui ne connaitraient pas l’artiste) a fait la couverture de Vogue avec une robe pour tenue. Pourquoi autant d’émulation et de polémique autour d’une photo d’un homme en robe ?

Harry Styles fait la couverture de Vogue en robe

Voici les grandes lignes de la polémique :

Dans l’issu de novembre, le chanteur apparaît sur la couverture de Vogue. Même si la monde de la mode ne nous intéresse pas, le magazine Vogue est connu (de nom tout du moins) de la plupart d’entre nous. Pour la première fois depuis sa création, la couverture du magazine met en avant un homme – et qui plus est en robe ! Pour casser les codes, Vogue les casse. Suite à cette publication, Candace Owen, une commentatrice politique conservatrice américaine, a décidé de donner son avis négatif et régressif sur la question. Nous sommes donc sur une spécialiste en politique qui donne son opinion sur le style vestimentaire d’un chanteur et le choix éditorial d’un magazine de mode de référence. La mode peut être politique, d’ailleurs les femmes se sont bien appropriées le dressing masculin (par le biais d’Yves Saint Laurent notamment), ce que nous avons pu voir dans les collèges et lycées sur la question de (encore !) l’hypersexualisation du corps de la femme et cette société qui veut dicter de comment l’autre s’habille…Bref, selon Candace Owen, il faudrait “ramener les hommes, les vrais” (the manly men).

Les fans du chanteur se sont vite mobilisés et tout un flot de soutien a été diffusé sur la toile.

vogue décembre 2020

Entre genre et identité

Depuis la nuit des temps, l’habit est toujours venu dire quelque chose de qui nous étions, de notre identité – à différencier du genre. Notre identité pourrait se définir comme la réponse à “qui nous sommes” et le genre recouvre la construction socioculturelle des rôles masculins et féminins et des rapports entre les hommes et les femmes. En parallèle, le sexe (au sens anatomique du terme) fait référence aux caractéristiques biologiques, être né(e) homme ou femme, le genre décrit des fonctions sociales assimilées et inculquées culturellement.

Notre identité inclut donc notre “genre”. Sauf que de plus en plus, nous venons à penser inclusivité afin d’inclure les sujets transgenre, c’est-à-dire qu’ils/elles ne s’incarnent pas dans le genre “attribué” par défaut à la naissance. C’est-à-dire, je nais garçon et j’incarne les codes sociétaux transmis comme étant ceux qui appartiennent aux garçons (les garçons ne pleurent pas, les garçons préfèrent les voitures, etc.) versus je nais fille et j’incarne les codes sociétaux transmis comme étant ceux qui appartiennent aux filles (les filles sont plus sensibles, les filles aiment le rose, etc.). Un sujet transgenre, c’est une personne qui va donc être née avec un sexe anatomique/biologique et qui va s’incarner et s’approprier certains des codes du genre “opposé”. Quand nous sommes face à un homme ou une femme qui s’incarne dans le genre qui lui est attribué, nous allons parler d’homme et femme cisgenre (souvent raccourci comme “homme cis”/”femme cis”).

Notre identité va donc venir inclure notre genre. Cela va être une de ses composantes. Alors, pourquoi cette photo a tant fait réagir ? Il est mis en avant qu’elle casse les codes. Alors, certes, nous ne sommes pas souvent confrontés à un homme qui fait la couverture d’un magazine de renommée mondiale en robe…mais, est-ce que Harry Styles est le seul à porter des robes ? D’autres artistes l’ont fait avant lui : David Bowie, Dylan Porter et de nombreux anonymes. Est-ce qu’être homme vient signifier que nous ne pouvons pas, voire que nous n’avons pas le droit de porter ce que nous voulons ? Est-ce que porter une robe veut dire que nous sommes forcément gay ? Parce qu’il est aussi question de ça : l’habit f(er)ait l’orientation sexuelle.

Si nous rembobinons le film jusqu’à l’Antiquité : les hommes portaient des toges – qui ressemblaient à des robes d’une certaine manière, les Ecossais ont la tradition du kilt, en Europe, les Monarques portaient des bas et des talons (ils portaient même du maquillage et des perruques !), etc. Est-ce que tous ces artifices remettaient en question leur identité, leur masculinité et leur sexualité ?

Ce qui se passe autour des photos d’Harry Styles (au passage, que je trouve personnellement très belles), c’est qu’elles viennent montrer un homme qui ne fige pas son identité et son genre dans ses vêtements. L’artiste l’exprime très bien que pour lui, les vêtements sont des supports sur lesquels sa créativité s’exprime. En résumé, peu importe si ce que je porte est emprunté au dressing “féminin” ou au dressing “masculin”, je porte ce qu’il me plaît. Cependant, le problème de nos sociétés est que nous voulons tout contrôler et mettre dans des cases ultra limitantes. C’est-à-dire que pour être femme, il faut être ci ou ça et pour être un homme, il faut être ci ou ça. La notion d’ambivalence est complètement absente du discours. Elle vient aussi complétement occulter qu’un enfant, lorsqu’il vient au monde, certes, il a un sexe biologique mais que c’est son environnement qui va modeler son identité et son sexe genré. Nous avons tous conscience de la question des jouets (les jouets filles versus les jouets garçons), la taxe rose (taxe qui fait payer plus cher destiné aux femmes – comme un rasoir, par exemple), etc. Il faut savoir que psychologiquement, nous avons cette ambivalence dès la naissance, Freud parlait de “bisexualité originelle” qui selon cette notion, tout être humain possèderait des dispositions sexuelles à la fois masculines et féminines. Cette notion fait toujours débat dans la psychanalyse mais je vais vous en donner ma lecture. Pour moi, cette idée de bisexualité originelle revient à dire qu’à l’intérieur de nous, il y avait ces deux forces présentes, yin et yang dans les cultures orientales. Posséder l’un n’exclut pas posséder l’autre, exprimer l’une ne revient pas à ignorer l’autre – tout est question d’équilibre.

Nous, femmes, avons dû mobiliser des énergies beaucoup masculines pour gagner une certaine place dans nos sociétés (droit de vote, indépendance financière, etc.). Certains hommes, aujourd’hui, s’autorisent à être davantage investis dans les soins prodigués aux enfants, par exemple. Certain(e)s diront “maternant”, j’ai envie de proposer d’utiliser le mot “paternant”.

Finalement, pré-juger de l’identité de l’autre, que ça soit au niveau du genre, du sexe, de son apparence, de sa sexualité…est discriminatoire, en plus d’amener une notion de censure énorme. Quelle loi (“divine”) interdit à une femme de mettre un pantalon et un blouson de cuir ou bien un homme de porter des collants ou une robe ? Aucune.

Bien que nous commençons à voir plus de diversité dans les médias classiques et les réseaux sociaux, ceux-là restent – encore et en partie, conditionné par certains diktats de nos sociétés. Une femme plantureuse oui mais avec une silhouette en 8 extrêmement marquée. Un personne avec une ethnie autre que caucasienne mais présentant des traits plus proche des caucasiens que de l’ethnie à laquelle elle est associée “par défaut”.

Nous devrions davantage éduquer chaque sujet, bébé/enfant/adolescent/adulte en devenir à s’exprimer comme il semble juste pour lui de s’exprimer – peu importe si le canal utiliser semble inhabituel. Peut-être le serait-il moins si nous laissions plus de place aux possibles et à l’expression de la singularité de chacun-e. Moins genrer les vêtements et accessoires permettraient d’avoir une société plus égalitaire et inclusive au sein de laquelle la différence n’en serait plus une. Ce ne serait plus une différence qui éloigne mais une particularité qui rapproche. La peur de l’autre s’estomperait et nous pourrions être davantage dans ce process de se nourrir mutuellement. Parce que, fondamentalement, nous avons tous à apprendre les uns et autres. Et les enfants qui s’expriment avec plus de liberté, sans tous les biais dans lesquels nous autres adultes avons emmagasiné, pourraient ouvrir le chemin d’une plus forte authenticité. Soit toi-même et exprime-le sans compromis !

Arrêtons d’être soit l’un ou l’autre mais incarnons l’un et l’autre – qui fait sens pour notre âme et nous en tant que sujet.

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